Cabillaud : Norvège et Russie ouvrent les vannes

Le 04/03/2021 à 9:43 par La Rédaction

 

Pour la première fois depuis dix ans, Norvège et Russie ont simultanément décidé de relever significativement leurs quotas de cabillaud en mer de Barents. Effective depuis le 1er janvier, cette décision va avoir un impact considérable sur le marché mondial de cette espèce phare. D’une part, parce que ces deux pays représentent la majorité des captures mondiales. Et d’autre part, du fait du niveau très substantiel du relèvement des quotas concernés : + 20 %. Tombées à 1,1 million de tonnes en 2020, les captures mondiales pourront, en théorie, atteindre 1 250 000 tonnes cette année, dont pratiquement 800 000 tonnes pour les seules Norvège et Russie.

Au Centre des produits de la mer de Norvège, Trine Horne se veut rassurante face à cette décision. « Cette augmentation est conforme aux recommandations du Conseil international pour l’exploration de la mer, tempère la directrice du bureau français. Les stocks sont en bon état et à un niveau historiquement élevé. » En dépit de volumes restés relativement stables ces dernières années, la valeur des exportations norvégiennes a augmenté significativement, boostées par la dévaluation de la monnaie nationale.

Mais sur le papier, les 130 000 tonnes de quotas supplémentaires en Norvège et en Russie pourraient contribuer à accentuer le déséquilibre entre l’offre et la demande apparu à la faveur des événements de 2020. Un déséquilibre qui aurait provoqué une baisse des cours du surgelé de 10 %, notamment imputable aux très fortes perturbations qui ont agité les filières double congélation. À titre d’exemple, selon les chiffres des douanes françaises, les achats hexagonaux de cabillaud en provenance de Chine ont dévissé de plus de 50 % entre mars et mai par rapport à l’année précédente. De l’avis de plusieurs observateurs, tant que les circuits de restauration resteront convalescents, il est difficile d’envisager de véritables perspectives de reprise sur le cabillaud congelé.

Cabillaud :

vers 1.2 million de tonnes de capture en 2021.

 

Contrairement aux Norvégiens et aux Russes, les Islandais pêchent le cabillaud tout au long de l’année. Ce qui leur offre une certaine souplesse en termes de pilotage de l’effort de pêche. Ainsi, en mars dernier, lorsque le confinement a fait chuter les cours du frais, ils ont d’une part levé le pied sur les sorties en mer et d’autre part réorienté une partie de leurs volumes de dos vers le surgelé. Ce qui a eu pour conséquence de maintenir les cours du frais. « La crise a démontré la flexibilité de la filière islandaise, observe l’importateur Laurent Cornic. Leurs quotas sont reportables d’un an. Cela leur enlève la pression de devoir pêcher à tout prix. »

Globalement, les cours du cabillaud et autres poissons blancs évoluent sur la durée dans des fourchettes relativement resserrées. Mais il n’en est rien sur le très court terme. Les opérateurs travaillant « en spot » observent ainsi d’importantes fluctuations selon les semaines. En 2020, certains ont parfois été confrontés à des écarts de 2 euros du kilo d’un jour à l’autre. Les acheteurs ayant pour débouchés la morue salée savent évidemment mettre à profit ces variations. On les appelle les clients dormants, précisément pour leur capacité à se réveiller au moment opportun, afin d’alimenter un marché traditionnel qui reste dynamique à l’international.

Brexit : le merlan bleu en arbitre ?

/tl_files/_media/redaction/5-Les-dossiers-de-la-filiere/Vendre/2021/mars/LF BL Arpege Richard cabio_Dossier_p_52.jpgDans l’ensemble, les professionnels sont assez peu inquiets d’un éventuel impact négatif du Brexit sur le marché du cabillaud. Les volumes pêchés par les Écossais restent très minoritaires par rapport aux tonnages gigantesques débarqués par les Islandais, les Norvégiens et les Russes. En revanche, certains armateurs européens pêchent du cabillaud en mer de Barents dans le cadre d’un accord entre l’UE et la Norvège. Accord qui permet aux Norvégiens de venir pêcher du merlan bleu dans les eaux… britanniques. Faute d’un nouvel accord, les Européens pourraient perdre cette monnaie d’échange avec les Norvégiens.

Découvrez l’intégralité du dossier dans le PDM 205 de février-mars (5 pages), et sur ce site, en accès abonné.
 
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