Quotas 2026 : encore des mauvaises nouvelles pour la filière

Le 10/03/2026 à 14:32 par hmarquier

Si les possibilités de pêche ne sont pas encore publiées à date, le bilan des négociations du Conseil des ministres européen annonce une baisse des quotas généralisée, comprenant le cas critique du maquereau. La filière française réagit à ces annonces.

 

Peter Samson, secrétaire général de l’Union du mareyage français, replace cette négociation dans « un contexte plus large depuis trois ou quatre ans du fait du plan d’accompagnement individuel Brexit : l’ensemble de la filière souffre d’un manque de volume. Je rappelle que le modèle économique de la filière et du mareyage dépend du traitement d’un volume important pour amortir des charges fixes élevées. En continuant de baisser les quotas, c’est la rentabilité des entreprises de mareyage qui est remise en cause, alors que leurs marges sont déjà structurellement faibles ». Pour Peter Samson, les espèces critiques cette année sont le maquereau (– 70 % de quotas), les gadidés de mer Celtique (lieu jaune, cabillaud…) mais aussi le bulot – qui se raréfie. Le cas de l’anguille ou les plans de gestion en Méditerranée sont également préoccupants. « Ce contexte remet en cause le modèle économique du mareyage, déplore Peter Samson. Pour s’adapter, les entreprises n’ont d’autres choix que de rogner sur leur rentabilité, c’est la seule variable d’ajustement. Il est difficile de valoriser davantage les produits alors que les consommateurs souffrent d’un pouvoir d’achat contraint. La filière est à un moment charnière et le mareyage s’en sortira en y laissant des plumes. Dans le cadre de la renégociation de la politique commune des pêches et du Feampa – Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture, NDLR –, l’UMF appelle à une meilleure prise en compte du rôle de la première vente, qui fait partie de l’économie littorale. »

Le cas critique du maquereau

En attente d’un deuxième round de négociations, le total admissible de captures de maquereau baisse de 70 % en 2026 et atteint provisoirement les 2 427 tonnes pour la France. « Un volume largement insuffisant pour répondre aux besoins socioéconomiques de la filière », selon un communiqué de l’UMF. « Je rappelle que 68 % des débarquements de maquereau sont achetés par les mareyeurs, affirme Peter Samson. 85 % des entreprises ont acheté du maquereau frais en 2025, sur toute la façade de Boulogne-sur-Mer à Saint-Jean-de-Luz. 45 entreprises dépendent du maquereau à plus de 5 % dans leur CA et une vingtaine à plus de 10 %. Nous demandons un soutien aux entreprises touchées. » Peter Samson prévoit une hausse drastique du prix du maquereau, alors qu’il s’agit d’une espèce réputée bon marché.

« Son prix a déjà plus que doublé, annonce Pierre-Luc Daubigney, secrétaire général de l’Organisation des poissonnier-sécaillers de France (Opef). Nous voulons rappeler aux consommateurs que les pêcheurs français respectent les règles et les quotas. La situation est due aux quotas unilatéraux. » Selon José Rodrigues, directeur de la Scapp Poissonnier Corail, il n’y a pas d’adaptation possible : « Les poissonniers en achètent simplement moins, il devient trop cher. »

Cette baisse de quota a également des impacts massifs sur la pêche artisanale, notamment les petits ligneurs qui pêchent le maquereau l’hiver. Pour les navires hors OP, le quota passe à 20 kilogrammes par jour et 100 kilogrammes par semaine. « Autrement dit, c’est terminé » pour Charles Braine, marin pêcheur et porte-parole de Pleine Mer.

Le cas du maquereau est symptomatique d’une gestion des pêches jugée à bout de souffle : règle du rendement maximum durable inadaptée dans un contexte géopolitique tendu et de réchauffement climatique, règle d’allocation des quotas à revoir et filière aval prise en étau entre baisse des volumes, baisse de la consommation et hausse des prix.

 

Sortir du RMD ?

Le rendement maximum durable (RMD) consiste à pêcher le maximum de la reproduction du stock halieutique, basé sur des modèles qui considèrent les stocks un par un. Mais ils ne prennent en compte ni les interactions entre les espèces ni le changement climatique. Dans un post LinkedIn, Didier Gascuel, professeur émérite en écologie halieutique, déplore une gestion « au bord de la surexploitation. L’équation c’est : gestion au RMD + pollution + changement climatique = écosystèmes dégradés = pêcheurs en crise ». Il annonce quatre propositions : avoir une approche plus précautionneuse que le RMD, redonner de la visibilité en lissant les quotas sur plusieurs années, réviser les tailles de capture (« un puissant moyen de relever la biomasse et d’atteindre des niveaux de capture ambitieux ») et engager un grand plan de restauration des écosystèmes marins. Un programme de transition nécessairement douloureux pour les pêcheurs et la filière à court terme.

 

Vincent SCHUMENG

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