Pour la troisième année consécutive, la pêche est fermée du 22 janvier au 20 février 2026 dans le golfe de Gascogne, dans le cadre de l’arrêt spatiotemporel cétacés. La filière comme les pouvoirs publics anticipent déjà l’après.
La fermeture de 2025 a permis de réduire les échouages de 60 %, informe Vincent Dauchy, conseiller écosystèmes marins et pêche de la ministre Catherine Chabaud. Cette mesure est très efficace mais avec des conséquences économiques importantes. » En 2025, les quelque 274 navires arrêtés ont été indemnisés à hauteur de 14,5 millions d’euros mais la fermeture a provoqué une perte sèche de 4 320 tonnes de débarques, un manque à gagner pour le mareyage qui a été indemnisé à hauteur de 2,7 millions d’euros. « La priorité pour l’après-2026, c’est d’équiper les navires en dispositifs pour limiter les captures accidentelles, démontrer leur efficacité et consolider les données scientifiques », conclut Vincent Dauchy, qui ne se prononce pas sur une possible fermeture en 2027.
Peter Samson, secrétaire général de l’Union du mareyage français, se réjouit « d’une bonne anticipation avec les pouvoirs publics pour soutenir les entreprises de mareyage, à travers la reconduction du dispositif d’aides, que nous avons quasi inventé avec l’État. L’enveloppe est adaptée et répond au besoin des entreprises ». Pour rappel, les entreprises de mareyage sont indemnisées à hauteur de 75 % de l’EBE perdu si elles ont perdu plus de 10 % de ce dernier et réalisé au moins 20 % de leurs achats sous des criées ayant au moins 5 % de navires arrêtés aux premiers trimestres 2021, 2022 et 2023. « Cette année encore, il faudra prévoir une plus forte concurrence dans les criées non concernées par la fermeture, et donc une montée des prix. Au niveau des entreprises, chacune réorganise son activité : congés, intérim… Nous regrettons de ne pas pouvoir activer l’activité partielle. Aujourd’hui, la variable d’ajustement du mareyage, c’est la rentabilité. »
Côté poissonnerie, l’heure est plutôt à l’amertume. « Nous avons l’impression de ne pas faire partie de la filière, déplore Pierre-Luc Daubigney, secrétaire général de l’Organisation des poissonniers-écaillers de France. Les pêcheurs et les mareyeurs sont aidés mais pas nous, il faut s’interroger sur le modèle de filière que nous voulons défendre. Mais nous ne demandons pas d’aides, nous voulons simplement qu’on nous laisse travailler ! » La fermeture du golfe entraîne des pertes très importantes pour les artisans à la côte. Pierre-Luc Daubigney s’interroge sur le futur de la poissonnerie : « À ce rythme, il n’y aura plus de petites entreprises mais que des grosses poissonneries qui peuvent encaisser les chocs, sur le modèle de Grand Frais ou de la GMS. »
Un fonds de mutualisation pour les mareyeurs
Le 1er octobre a commencé le projet Mutualmar, porté par l’UMF dans le cadre d’un appel à projets national du Feampa, qui durera 18 mois. « L’objectif est de créer un fonds de mutualisation du mareyage qui permettra de distribuer des subsides aux entreprises en cas de crises conjoncturelles », explique Peter Samson, de l’UMF. Il cite notamment tout évènement qui conduirait à réduire le volume traité pour les mareyeurs, dont les arrêts temporaires de pêche. Le fonds sera financé par des cotisations entreprises et des fonds européens. « Le constat, l’objectif et le principe font l’unanimité mais les entreprises attendent de voir si ça peut être intéressant dans leur propre situation. Pour l’heure, nous allons définir l’économie et la gouvernance du dispositif, puis convaincre les entreprises et les pouvoirs publics. » Le projet s’inscrit dans le contrat stratégique de filière et bénéficie, selon Peter Samson, d’un regard bienveillant de l’Administration : « Tout le monde a à y gagner : ça donne de la visibilité aux entreprises dans la gestion des risques et ça coûte moins cher aux pouvoirs publics en termes d’indemnisation. »
Vincent SCHUMENG