Avec le slogan « Venir c’est soutenir », l’édition 2026 du Salon international de l’agriculture invite les Français à participer à la souveraineté alimentaire du pays. Une notion au cœur de tous les échanges et où la pêche française a pris toute sa part.
C’est sans ses emblématiques bovins – crise de la dermatose oblige – et dans une ambiance attentiste côté professionnels que le SIA se tient du 21 février au 1er mars. À l’ouverture du salon, Emmanuel Macron a tenu à rencontrer France Filière Pêche. Son président, Frédéric Toulliou, se dit satisfait de ce « moment privilégié pour toute la filière, de l’amont à l’aval. C’est important d’avoir l’écoute et le soutien de l’ Élysée ». L'organisation a rappelé au président de la République ses principaux objectifs et enjeux, déjà résumés dans le contrat stratégique de filière signé en 2025 : résilience et compétitivité, valorisation des produits de la pêche française et appui de la science. « Les professionnels s’emparent de ce contrat stratégique, affirme Frédéric Toulliou. Mais il faut que cela suive politiquement. Le renouvellement de la flotte est fondamental pour retrouver du volume et structurer toute la filière. »
La souveraineté alimentaire en débat chez FFP
Le 24 février, le stand de FFP a accueilli une table ronde sur le rôle de la pêche dans la souveraineté alimentaire, devant un parterre de professionnels ainsi que la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, son cabinet et le directeur général des affaires maritimes, Éric Banel. Les échanges ont d’abord placé le consommateur au centre – « c’est lui le patron » affirme Frédéric Toulliou en préambule. « C’est le consommateur qui décide du sort des entreprises, abonde l’ancien ministre de l’Agriculture et président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, Stéphane Travert. C’est le rôle des filières de le guider dans ses décisions. » Originalité de la table ronde : la volonté de faire également participer des acteurs agricoles, comme Yohann Barbe, président de la Fédération nationale des producteurs de lait, pour qui « l’acte d’achat ne passe pas que par le prix ». Isabelle Le Callennec, député européenne PPE/LR membre de la commission pêche, regrette que « le consommateur ne soit pas assez présent dans nos débats au Parlement. Il y a une vraie pédagogie à faire en incluant toute la filière sur les territoires ». Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution, a tenu à souligner « le rôle clé de la distribution en tant qu’interface entre les produits et le consommateur. Toute la chaîne de valeur a son rôle à jouer dans la souveraineté alimentaire ». Elle constate plusieurs tendances dans les magasins : sensibilité accrue aux prix accompagnée d’une déconsommation ainsi qu’un développement des produits élaborés au détriment de la marée traditionnelle. Un chemin vers le traiteur amorcé par les produits de la mer mais déjà bien constaté dans la filière viande. « Le burger est passé d’un produit bas de gamme à un plat décliné dans tous les grands restaurants, donne ainsi comme exemple Emmanuel Bernard, président de la section bovine d’Interbev. Il faut adapter les produits à la consommation : produits traiteur, prêts à l’emploi, etc. »
Acteurs de la pêche comme de l’agriculture se retrouvent sur deux points lors des échanges : le poids de la réglementation et la fierté de produire. « Notre mission commune, c’est de nourrir la population ! affirme ainsi Emmanuel Bernard. La production n’est pas un gros mot. »
Isabelle Le Callennec, ainsi que Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne Renew et vice-présidente de la commission pêche, ont profité de la présence de Catherine Chabaud pour l’interpeller : révision de la PCP et prochaine enveloppe Feampa, négociations des Tac et quotas ou encore renouvellement de la flotte. La ministre a pu conclure les débats en regrettant que « la France ait le deuxième territoire maritime du monde mais importe 70 % de sa consommation de produits de la mer. Le consommateur est un levier fondamental pour soutenir la filière. Il y a besoin d’une vision stratégique commune entre la pêche, l’aquaculture et la conchyliculture pour répondre aux enjeux de souveraineté. Concernant la PCP, je pense que l’Ocean Act, voté lors de l’Unoc, doit être un préalable à sa révision ». Elle conclut son discours par une proposition : « Pour faire entendre la voix de la pêche, je suis pour que le salon devienne le Salon de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture ! » L’ idée est lancée !
Vincent SCHUMENG