L’association bretonne a rassemblé environ 200 personnes à la salle culturelle du Quartz, à Brest, début février, pour son festival des pêcheurs artisans. Cinq tables rondes ont eu lieu et surtout beaucoup d’échanges pour une filière qui se questionne.
Si les Assises de la pêche auront lieu à Cherbourg en juin prochain, une (autre) partie de la profession s’était déjà donné rendez-vous à Brest le 6 février pour un évènement d’un nouveau genre. Une centaine de pêcheurs navigants (patrons & matelots) venus de toute la France mais aussi des scientifiques de l’Ifremer, des agents de l’OFB, des grossistes/mareyeurs, des professeurs et élèves de lycée maritime et même quelques élus de comités des pêches ont ainsi participé au premier festival des pêcheurs artisans. Organisé par l’association Pleine Mer, ce moment s’est déroulé en deux soirées et une journée et n’était accessible qu’aux professionnels des produits de la mer. « Pour ce premier festival, nous avons fait le choix d’inviter des navigants en immense majorité pour d’abord donner la parole à ceux qui vont à la pêche tous les jours, commente Charles Braine, porte-parole de Pleine Mer et lui-même pêcheur. Nous avons aussi des représentants du métier, il y avait au moins un directeur adjoint d’une grosse OP française mais aussi plusieurs membres des comités, dont la Bretagne, la Normandie et le témoignage d’un ancien des Hauts-de-France. » Au programme, des tables rondes et débats abordant la représentativité au sein des instances de la profession, le futur de la pêche, l’adaptation aux enjeux actuels, la valorisation des produits ou encore l’épineuse question des quotas. « Entre le Brexit, le Covid-19 , les éoliennes, les problèmes de ressources, le gazole et dernièrement cette fameuse histoire du maquereau… Tout nous tombe dessus et nous n’avons pas les outils pour agir, analyse Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches maritimes de Normandie. Tout cela crée un besoin de comprendre et de s’exprimer chez les pêcheurs. » Si la question de la représentativité dans les comités a parfois été houleuse, les échanges avec les scientifiques ont été très cordiaux, voire amicaux. « D’habitude, nous avons plutôt tendance à discuter avec des instances régionales et nationales, réagit Martin Huret, chercheur en halieutique à l’Ifremer. Sur cette petite pêche, c’est la diversité d’espèces qui compte et pas forcément des gros stocks, ni de gros enjeux espèce par espèce, mais la survie de leur activité en dépend. » Si l’entreprise Poiscaille ainsi que l’association Mer de Lien ont pu présenter leurs activités, nombreuses ont été les discussions autour des repas, lors des pauses et évidemment pendant les deux soirées. « Ce week-end était l’occasion de venir rencontrer les pêcheurs avec qui nous travaillons et de les entendre parler de leurs enjeux à eux, car nous ne nous croisons que rapidement dans le quotidien », a réagi Delphine Mahieu, poissonnière dans le Finistère. Qu’ils soient à pied, sur un navire ou en plongée, les pêcheurs présents à Brest ont dans leur immense majorité loué cet évènement fédérateur pour l’espace de parole qu’il leur a été accordé. « S’il y a une volonté à retenir de ce festival, c’est celle de faire collectif, conclut Charles Braine. Finalement, les problématiques ne sont pas forcément les mêmes, comme la fermeture du Golfe de Gascogne pour certains ou les îles Anglo-Normandes pour d’autres, mais elles sont malgré tout liées au métier et peuvent avoir les mêmes conséquences. C’est peut-être le début d’une belle histoire. »
La réaction d’Hervé Berville
Non présent à Brest, l’ancien secrétaire d’État à la mer et aujourd’hui député de la deuxième circonscription des Côtes-d’Armor garde un œil attentif sur les produits de la mer, d’un point de vue politique comme institutionnel. « J’ai toujours été partisan de ne pas opposer les pratiques de pêche ; ceux qui portent le festival qui a eu lieu à Brest souhaitent plutôt mettre en avant la pêche artisanale, et c’est très bien, analyse-t-il. Nous avons besoin de dialogue et c’est important que ce type de pêche soit valorisé, sans en faire un évènement contre quelque chose. Ce qui se joue pour les 20 prochaines années, c’est de réduire les importations, moderniser les navires et permettre à tous les types de pêche de bien vivre de leur travail, tout en gardant un lien avec l’éducation à l’alimentation. »
Guy PICHARD