Conxemar : optimisme prudent et diversification prévoyante

Le 13/01/2026 à 9:56 par Rédaction

Les exposants de Conxemar, qui s’est déroulé du 7 au 9 octobre à Vigo, faisaient montre d’un optimisme prudent. Pas de mines ternes sur les stands des 46 nationalités représentées sur ce salon mondial des produits surgelés (plus spécifiquement centré sur les produits de la mer) mais une diversification prévoyante dans le frais.

 

La diversification des entreprises du surgelé vers le frais se traduit de manière visible sur nombre de stands de Conxemar. Conséquence inattendue : elle fait de plus en plus ressembler ce salon, basé en Espagne et qui a accueilli 30 405 visiteurs du 7 au 9 octobre, à un mini-Seafood, organisé, lui, au printemps à Barcelone. « Pas tout à fait. Vigo est un vrai rendez-vous pour prendre la température des marchés espagnols et portugais, très importants pour les produits de la mer », tempère un visiteur. En effet, le marché espagnol, qui (comme les autres marchés européens) marque le pas, (– 5 % en volume, en frais comme en surgelés ; source : MAPA – ministère de l’Agriculture espagnol) reste une valeur sûre, affichant une croissance de la consommation de + 5,8 % sur les PGC (produits de grande consommation) en 2024 ainsi que 657 millions de kilogrammes de produits aquatiques achetés pour une valeur de 7,6 milliards d’euros (source Circana). Les six premiers mois de 2025 marquent une stabilisation de la baisse du marché des produits aquatiques (– 0,6 % en volume) qui continue de croître en valeur (+ 3,4 %). Le segment du surgelé suit une dynamique similaire : + 2,4 % en valeur ; – 0,7 % en volume, avec même une légère croissance (+ 0,2 %) des produits surgelés non transformés (77 % des volumes surgelés espagnols).

Les visiteurs viennent donc à Vigo faire du business mais pas que. Ils visitent également Conxemar pour faire leur marché côté sourcing. Et ce n’est pas un hasard si la manifestation a été placée sous les auspices de la sécurité alimentaire, c’est-à-dire, la capacité à nourrir une population.

Car, signe des temps, la difficulté d’accès à la matière première et les réductions de quotas figurent à la deuxième place des préoccupations derrière la rentabilité dans le « Thermomètre du business », réalisé entre juin et août par les organisateurs du salon auprès des entreprises espagnoles du surgelé. Misant sur une inflation sous contrôle, les opérateurs du surgelé – dont beaucoup sont fournisseurs de matières brutes ou peu transformées et pour certains également producteurs – affichent des perspectives de croissance (+ 5 % attendus en 2025). Mais l’optimisme n’a rien de béat. Encore groggy par la spirale inflationniste et les faibles rotations de produits, les opérateurs interrogés se préoccupent majoritairement de conforter leur EBE (excédent brut d’exploitation) et, certes, de vendre mais sans trop rogner sur leurs marges. Du coup, leurs premières préoccupations sont le gain de productivité (72 % des sondés) et l’accès à la matière première (65 %). Le déclin de la consommation intérieure dans les pays européens n’arrive finalement qu’en troisième position (51 %) devant la difficulté à recruter (47 %). Les coûts de l’énergie, l’inflation, les droits de douane américains – nombre d’opérateurs espagnols de poulpe et de thon exportent ou veulent exporter outre-Atlantique –, l’augmentation des impôts et taxes, l’environnement et la durabilité arrivent derrière ces items mais très loin des quatre premières sources d’inquiétude. Elles imprègnent les réponses des chefs d’entreprises interrogés sur leur stratégie. Ils affirment ainsi préférer conforter leurs activités plutôt que les rachats ou la croissance externe. La majeure partie des investissements espagnols annoncés seront de fait destinés aux équipements, notamment en froid, pour une diversification vers le frais (notamment le libre-service) ainsi qu’au packaging, entre autres pour proposer des produits surgelés mieux adaptés à la restauration.

Cet optimisme, nuancé par les soucis de rentabilité, fait réclamer aux opérateurs espagnols interrogés une réduction de la TVA pour atténuer les prix. La revendication fait allusion aux mesures prises par le gouvernement ibérique depuis la mi-2022 pour faire face à l’inflation liée à la guerre en Ukraine : les denrées alimentaires dites essentielles ont vu leur TVA réduite ou supprimée. Or, les produits aquatiques n’ont pas été retenus dans la liste, au grand dam des opérateurs de la péninsule qui, outre les conséquences financières, pointent un message désastreux en creux vers les consommateurs : les produits aquatiques sont chers et non essentiels. Ils espèrent que la vaste campagne de communication qu’ils ont lancée pour deux ans tordra le cou à cette perception.

 

Marielle MARIE

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